Quand l’entraînement manque d’un point culminant
J’ai joué au football jusqu’à mon entrée à l’université. Depuis le début du secondaire, mes années étaient presque planifiées d’avance. Au mois d’août, j’avais un camp d’entraînement suivi de la saison, qui nous menait généralement jusqu’au début du mois de novembre lorsque tout allait bien. Puis venait une petite pause pour les examens et le congé des Fêtes. En janvier, on recommençait l’entraînement pour terminer avec un dernier camp de printemps au mois de mai avant de partir pour l’été et recommencer le cycle l’année suivante.
Lorsque ma carrière de joueur a pris fin, je perdais mon sport, mais surtout ma structure.
Ne plus avoir de saison voulait dire que je m’entraînais maintenant toute l’année sans avoir de point culminant. La routine.
Cette routine, même pour quelqu’un comme moi qui adore avoir un cadre bien défini, peut devenir ennuyante.
Parce qu’à moins de traverser une période où les charges augmentent chaque semaine, les entraînements se suivent et se ressemblent sans qu’on voie de grands changements.
En discutant de cette baisse de motivation avec mon entraîneur, nous avons revu notre façon d’organiser l’entraînement à travers l’année.
Pour commencer, nous voulons introduire davantage de variations. Pas nécessairement dans le choix des mouvements, mais plutôt dans la gestion des charges. Comme je sais que je vais prendre des vacances au cours de l’année, nous utilisons ces périodes comme une pause qui remplace, en quelque sorte, la fin d’une saison ou d’une compétition. Je vais donc tenter de battre mes records la semaine précédant mon départ. Pour y arriver, nous planifierons une augmentation progressive des charges dans les mois qui précèdent afin de culminer avec de nouveaux records.
Je suis encore au stade où j’achète mes billets d’avion plusieurs mois à l’avance. Si jamais je deviens le genre de personne qui peut partir plusieurs semaines sur un coup de tête, je vous donnerai mes trucs pour m’entraîner en voyage. En attendant, on garde la routine.
Je sais aussi que durant l’été, les activités se multiplient. Au Québec, on dispose d’environ six à huit semaines de beau temps avant de voir les températures redescendre. Il faut donc en profiter. J’essaie de traiter l’été comme une offseason. Comme mon sport est maintenant de m’entraîner toute l’année, je suis un peu plus laxiste durant la saison estivale parce que je sais qu’à l’automne et à l’hiver, je n’aurai pas autant de distractions.
La compétition de powerlifting que j’ai faite l’an passé se déroulait à la mi-juin. C’était le point culminant parfait avant l’été.
J’ai aussi établi des objectifs clairs et ambitieux cette année. Pendant longtemps, je me suis contenté de vouloir devenir plus fort de façon générale. Après la construction de ma maison, j’ai pu profiter d’une sorte de deuxième période novice où la force revenait rapidement après plusieurs mois passés sous un niveau de stress élevé. Cette période est maintenant derrière moi. Trois ans après avoir terminé la construction, j’ai réussi à établir plusieurs records personnels. Je me donne donc aujourd’hui des défis qui devraient demeurer réalistes si ma constance à l’entraînement se maintient.
La structure est donc revenue. Au lieu qu’elle me soit imposée par un système préétabli, j’ai dû créer celui qui convenait à mes besoins afin de profiter des activités que j’aime sans avoir l’impression de me priver. Cette réflexion est beaucoup plus facile lorsqu’on bénéficie d’un regard extérieur et, dans mon cas, mon entraîneur a joué un rôle important dans la mise en place de ce système.
Avec le recul, je réalise que ce n’est pas tant l’entraînement qui me manquait lorsque j’ai arrêté de jouer au football, mais plutôt le sentiment de progresser vers quelque chose. Les objectifs, les saisons et les échéances donnent une direction à nos efforts. Sans eux, même les meilleures habitudes peuvent finir par tourner en rond. Aujourd’hui, je ne m’entraîne plus pour le prochain match ou la prochaine saison, mais j’ai recréé cette même sensation d’avancer vers une destination. La différence, c’est que maintenant, c’est moi qui dessine le calendrier. Et si votre entraînement vous semble un peu monotone ces temps-ci, ce n’est peut-être pas d’un nouveau programme dont vous avez besoin, mais simplement d’un nouveau défi à poursuivre.