Le coach, le client et le chaos

Quand j’ai commencé mon baccalauréat en kinésiologie, j’étais convaincu que les réponses à toutes mes questions se trouvaient dans les livres. Plus j’avançais dans ma formation, plus ma bibliothèque se remplissait d’ouvrages de préparation physique. Les grands classiques de la périodisation, les manuels de programmation et les livres écrits par des entraîneurs ayant travaillé avec des athlètes olympiques.

À lire ces ouvrages, l’entraînement semblait être une science presque parfaite. On planifie un cycle de quatre ans, on contrôle les variables, on applique la bonne dose de stress au bon moment et l’athlète atteint son sommet de performance exactement quand il le faut.

Puis j’ai commencé à travailler avec de vraies personnes.

J’ai rapidement découvert que la réalité possède une fâcheuse tendance à ne pas lire les mêmes livres que nous.

Quand la théorie rencontre le terrain

La préparation physique moderne en Amérique du Nord repose largement sur des concepts développés en Europe de l’Est durant l’ère soviétique. Ces systèmes étaient souvent conçus pour des athlètes dont la vie entière tournait autour de leur sport. Les compétitions étaient connues des années à l’avance et tout le reste était organisé autour de l’entraînement.

Sur papier, c’est magnifique.

Dans la vraie vie, l’athlète attrape la grippe deux semaines avant une compétition. Son enfant tombe malade. Son vol est retardé. Il se blesse légèrement à l’épaule. Son entraîneur décide de modifier l’horaire à la dernière minute.

Soudainement, le plan parfait ressemble davantage à une suggestion qu’à une feuille de route.

Avec les années, j’ai réalisé que les meilleurs préparateurs physiques ne sont pas nécessairement ceux qui construisent les plans les plus complexes. Ce sont souvent ceux qui savent le mieux s’adapter lorsque tout dérape.

Gérer le stress avant de gérer la performance

On aime penser que le travail d’un préparateur physique consiste à bâtir des programmes d’entraînement.

C’est vrai, mais seulement en partie.

La réalité est que notre travail consiste surtout à gérer le stress.

L’entraînement n’est qu’une source de stress parmi plusieurs autres. Le sommeil, le travail, les études, les relations familiales, les déplacements et les blessures contribuent tous à remplir le même réservoir.

Lorsque ce réservoir déborde, le corps ne fait pas la différence entre un squat lourd et une semaine de travail de soixante heures.

Le rôle du préparateur physique est donc moins de demander constamment plus d’effort et davantage de trouver la dose optimale que la personne peut tolérer à ce moment précis.

Parfois, la meilleure décision n’est pas d’ajouter une série supplémentaire. C’est d’en enlever une.

Les livres parlent aux athlètes d’élite

Une autre chose qui m’a frappé lorsque j’ai commencé à entraîner est que la plupart des ouvrages de référence ne s’adressent pas aux gens que nous côtoyons quotidiennement.

Ils sont écrits pour des athlètes de haut niveau dont les compétitions sont connues d’avance et dont la vie est organisée autour de la performance.

La majorité des gens que nous aidons n’entrent pas dans cette catégorie.

Monsieur et Madame Tout-le-monde ne cherchent pas à remporter une médaille olympique. Ils veulent être en forme, avoir moins mal au dos, jouer avec leurs enfants ou continuer à pratiquer leur sport favori sans se blesser.

Pour eux, le travail se fait souvent à l’envers.

Avant de planifier une année entière d’entraînement, il faut réussir la semaine actuelle.

Avant de construire un mois de progression, il faut accumuler quelques semaines de constance.

Et avant de parler de performance, il faut d’abord créer des habitudes.

La plupart des résultats extraordinaires proviennent simplement d’une accumulation de semaines ordinaires.

Le coach est aussi un pratiquant

Il y a également une leçon que j’ai apprise assez tôt dans ma carrière : les préparateurs physiques ne sont pas immunisés contre les mêmes défis que leurs clients.

Nous manquons parfois de motivation.

Nous sautons parfois des séances.

Nous trouvons parfois des excuses.

C’est pourquoi je crois qu’un bon coach devrait lui-même être engagé dans un processus d’entraînement. Non pas parce qu’il doit être l’athlète le plus performant dans la pièce, mais parce qu’il doit comprendre ce que ses clients vivent.

Mieux encore, il devrait lui aussi rendre des comptes à quelqu’un.

Même les experts ont des angles morts.

Même les experts bénéficient d'un regard extérieur.

Entre la science et la réalité

Au final, la place du préparateur physique en Amérique du Nord se situe quelque part entre la science du sport et le chaos du quotidien.

Les principes d’entraînement demeurent importants. Ils nous donnent une direction et un cadre de référence. Mais ils ne remplacent jamais le jugement.

Notre travail n’est pas de suivre un plan à la lettre.

Notre travail est d’utiliser la science comme un levier pour aider les gens à progresser malgré les imprévus, les contraintes et les détours que la vie place sur leur chemin.

Parce qu’au bout du compte, le meilleur programme n’est pas celui qui est parfait sur papier.

C’est celui que la personne réussit réellement à suivre.

Précédent
Précédent

L'art de s'entraîner en voyage

Suivant
Suivant

Votre cœur ne sait pas que vous soulevez des poids