Entre l’intention et l’action
Je me suis acheté une montre Garmin la semaine passée. J’avais déjà essayé dans le passé de compter le nombre de pas que je prends par jour, mais mon téléphone n’était pas assez précis, en plus de ne pas toujours être dans mes poches. Ce que j’avais sous-estimé, c’est à quel point le simple fait d’avoir un rappel au poignet de mon inactivité me pousserait à commencer à sortir marcher après souper.
J’aurais pu prendre des marches avant. Je savais que marcher plus aiderait ma condition physique. Je savais que marcher jusqu’au bout de la rue avant d’aller écouter la télévision serait la façon la plus simple d’ajouter des pas à ma journée. Et pourtant, je ne l’ai jamais fait.
Qu’est-ce qui fait la différence?
Pas la montre.
L’imputabilité.
L’imputabilité, c’est le pont entre l’intention et l’action. C’est ce qui fait que vous vous faites prendre un lundi soir pluvieux dans le dernier tiers de votre marche pour dépasser l’objectif de pas du jour.
Ce n’est pas nécessairement quelqu’un qui vous surveille. Parfois, c’est simplement un chiffre sur un écran qui vous rappelle ce que vous aviez décidé de faire.
Et c’est beaucoup plus puissant qu’on pourrait le croire.
L’imputabilité avec des objets inanimés
On associe souvent l’imputabilité à une autre personne. Un coach, un partenaire d’entraînement, un ami. Mais ce n’est pas obligatoire.
Ma montre ne sait pas qui je suis. Elle ne sait pas que je suis kinésiologue. Elle ne sait pas que je devrais probablement en savoir assez sur l’activité physique pour marcher davantage.
Elle ne me juge pas non plus.
Elle me montre simplement que j’ai fait 4 200 pas et que mon objectif est de 8 000.
C’est suffisant.
Le simple fait de rendre une information visible change notre comportement. Une barre de progression, un carnet d’entraînement, une application ou une montre peuvent transformer quelque chose d’abstrait en quelque chose de concret.
« Je devrais marcher plus » est une intention.
« Il me manque 2 300 pas aujourd’hui » est une information à laquelle il est beaucoup plus facile de réagir.
C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’aime autant noter les entraînements.
Une série que vous avez faite hier peut facilement être oubliée. Une charge inscrite dans un carnet ne l’est pas.
Vous pouvez voir ce que vous avez fait. Vous pouvez voir ce qui s’améliore. Vous pouvez aussi voir les moments où vous ne faites pas ce que vous aviez prévu.
Et c’est là que l’imputabilité devient intéressante.
Elle ne sert pas seulement à vous féliciter quand tout va bien.
Elle sert surtout à vous empêcher de réécrire l’histoire quand ça va moins bien.
Le regard extérieur : pourquoi un coach change la donne
Même avec le meilleur journal du monde, nous sommes passés maîtres dans l’art de nous trouver des excuses.
C’est ici qu’intervient l’imputabilité envers une tierce personne.
Un préparateur physique n’est pas là pour vous divertir ou vous crier après. Son rôle est d’être le gestionnaire de votre stress et le gardien de votre constance.
Savoir que quelqu’un va consulter vos notes et regarder vos vidéos d’exécution crée une forme de « friction positive ».
On ne saute pas aussi facilement une série quand on sait qu’on devra en rendre compte.
Mais le rôle du coach va plus loin que simplement vous empêcher de manquer un entraînement.
Il permet de remettre les choses en perspective.
Vous avez mal dormi? Peut-être qu’on réduit la charge.
Vous êtes stressé au travail? Peut-être qu’on diminue le volume.
Vous êtes tanné de votre programme? Peut-être que le programme fonctionne très bien et que vous n’avez simplement pas besoin de le changer.
C’est souvent dans ces moments-là que le regard extérieur devient le plus utile.
Quand on est seul avec son entraînement, chaque mauvaise journée peut sembler être une raison de changer de programme. Quand quelqu’un connaît votre historique, vos performances et votre objectif, il peut faire la différence entre un problème qui nécessite une modification et une simple mauvaise journée.
On ne change pas un outil tant qu’il remplit sa fonction.
Le meilleur programme est celui que vous pouvez difficilement ignorer
Un bon programme ne devrait pas seulement vous dire quoi faire. Il devrait rendre votre progression visible.
Vous devriez savoir ce que vous avez fait la semaine dernière.
Vous devriez savoir ce que vous devez faire aujourd’hui.
Vous devriez avoir une idée de ce qui constitue une bonne séance.
Et surtout, vous devriez avoir quelqu’un — ou quelque chose — qui vous rappelle ces informations lorsque votre motivation décide de prendre congé.
C’est probablement la raison pour laquelle l’imputabilité est un moteur aussi puissant.
Elle ne vous rend pas plus motivé.
Elle ne vous rend pas plus discipliné.
Elle ne transforme pas soudainement un lundi soir pluvieux en une séance que vous avez envie de faire.
Elle fait simplement en sorte que l’inaction devient un peu plus difficile à ignorer.
Et parfois, c’est tout ce dont on a besoin.
Ma montre Garmin ne m’a pas appris à marcher.
Elle m’a simplement montré que je ne marchais pas assez.
Le reste, c’est moi qui le fais.
Et c’est peut-être ça, au fond, le véritable rôle de l’imputabilité : vous montrer la différence entre ce que vous aviez l’intention de faire et ce que vous faites réellement.
À partir de là, vous avez enfin quelque chose sur lequel travailler.