Planifier, c’est bien. S’adapter, c’est mieux

Quand j’ai commencé mon bac en kinésiologie, un de mes mentors m’avait fait une liste de références bibliographiques pour satisfaire ma soif de connaissances en préparation physique. On parle ici des livres piliers de la science de la périodisation : Bompa, Haff, Verkhoshansky et Siff. Les bibles qui ont permis à Charles Poliquin, après avoir appris le russe, d’amener en Amérique du Nord les principes d’entraînement développés en Europe de l’Est durant l’ère soviétique.

Ces livres sont encore aujourd’hui utilisés pour établir les plans d’entraînement des athlètes olympiques un peu partout sur la planète et restent des références en entraînement, plusieurs années après leur parution originale.

J’étais aux anges. Enfin de quoi satisfaire cette démangeaison de savoir qu’on n’en sait pas encore assez sur notre sujet favori.

Rapidement après avoir gradué, par contre, j’ai été frappé par quelques réalités.

La première est la place du préparateur physique dans la hiérarchie sportive de haut niveau en Amérique du Nord. Toutefois, je garderai cette discussion, chers lecteurs, pour un prochain blogue.

La deuxième concerne la relation entre les athlètes et le programme. En lisant ces textes, on peut rapidement devenir hypnotisé par le programme d’entraînement et ses détails. Ces blocs tout planifiés qui, un après l’autre, amèneraient n’importe quel humain à gagner une médaille d’or avec quatre ans d’entraînement.

Mes professeurs faisaient souvent le geste d’écrire avec la main droite et d’effacer avec la main gauche.

En réalité, le programme fait à l’avance n’est souvent plus qu’un outil pour se souvenir des grandes lignes. Ensuite, il faut continuellement s’adapter selon ce qui se passe dans la semaine, le mois, etc.

Les maladies, les voyages, les réalités familiales, les blessures, toutes ces choses viennent mettre le programme soigneusement préparé à la poubelle pour laisser le préparateur physique adapter l’entraînement à la dernière minute.

Parfois même, l’entraîneur-chef, voulant discipliner les athlètes, viendra jeter l’entraînement planifié aux poubelles. Une réalité encore plus fréquente chez les Forces armées canadiennes.

Bref, le travail d’un préparateur physique n’est pas vraiment de planifier à long terme.

C’est de gérer le stress.

Il faut être capable de mettre les athlètes, ou les personnes qu’on entraîne, dans la meilleure position pour réussir. Les principes d’entraînement deviennent alors des leviers qui permettent d’ajuster le stress généré par l’entraînement, en gardant toujours en tête ce qui s’en vient.

Ça devient encore plus difficile lorsqu’on doit être son propre entraîneur.

Après avoir géré les situations de plusieurs athlètes toute la journée, prendre le temps de gérer nos propres réalités rend la tâche encore plus ardue.

La dernière réalité qui m’a frappé, c’est à quel point la majorité des livres ont été écrits pour des athlètes de haut niveau. Très peu s’adressent aux novices, qui représentent pourtant la grande majorité de la population.

C’est presque plus facile de faire une programmation pour un athlète avec un cycle de compétition prédéfini, où tout est déjà structuré.

Travailler avec monsieur et madame Tout-le-monde, c’est faire le travail à l’envers : commencer par gérer la semaine afin d’accumuler suffisamment d’entraînements pour développer le reste du mois, de l’année, etc.

Pas de plan parfait, pas de conditions idéales, juste de la constance, des ajustements intelligents et du travail bien fait, semaine après semaine. Et si tu veux arrêter de chercher le programme parfait pour enfin bâtir quelque chose qui tient dans la vraie vie, commence simplement par t’entraîner cette semaine… ou viens m’en parler. 


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Arrête de viser trop loin : concentre-toi sur le prochain entraînement